Guide bailleur
DossierFacile : reconnaître un faux dossier locataire avant la visite
Publié le 22 mars 2026
Comment vérifier un dossier locataire en 5 minutes et repérer les pièces falsifiées. La méthode officielle pour ne pas se faire avoir.
En 2026, le faux dossier locataire est devenu une industrie. Pour quelques dizaines d’euros sur Telegram, un escroc peut obtenir un bulletin de salaire imité au pixel près, un faux contrat de travail, et même une attestation employeur signée. L’extrême majorité de ces dossiers passent inaperçus auprès d’un bailleur particulier pressé. Voici comment ne pas faire partie de cette majorité.
La règle de base : exigez DossierFacile
DossierFacile est le service du ministère du Logement (dossierfacile.logement.gouv.fr). Le candidat dépose ses pièces, un agent humain les vérifie, et le dossier est marqué “certifié” (avec filigrane) ou rejeté avec demande de correction. C’est le seul système où vous savez qu’un être humain mandaté par l’État a regardé les pièces avant vous.
Pratiquement, ça change tout :
- Le faux bulletin Photoshop est rejeté à la première certification.
- Le faux contrat de travail “Entreprise SARL” qui n’existe pas au RCS est repéré.
- Le bulletin authentique mais qui appartient à quelqu’un d’autre (vol d’identité) est croisé avec la pièce d’identité.
Dans 90 % des cas, exiger un lien DossierFacile résout le problème. Les fraudeurs n’y vont pas — ils savent qu’ils seront repérés.
Comment lire un DossierFacile en 3 minutes
Quand le candidat vous envoie son lien, vous arrivez sur une page récapitulative. Voici ce que vous regardez, dans l’ordre :
1. Le badge “Dossier certifié” en haut. Couleur verte, avec date de certification. S’il est en orange (“En cours de certification”) ou absent, ce n’est pas un dossier certifié — vous repartez sur la vérification manuelle.
2. La page de garde avec le résumé. Vous y voyez : revenus nets mensuels, situation pro, garant éventuel, ressources annuelles. Vérifiez que les revenus déclarés (3× le loyer en théorie) sont cohérents avec votre annonce.
3. Les pièces une à une. Cliquez sur chaque pièce — vous voyez le PDF original. Toutes les pièces certifiées portent un filigrane DossierFacile + un QR code scannable pour authentification.
4. La cohérence d’ensemble. C’est là qu’un bailleur attentif gagne contre un fraudeur, même si DossierFacile a déjà validé chaque pièce :
- L’employeur sur le contrat = celui sur le bulletin = celui sur l’avis d’imposition ?
- Le poste sur le contrat est cohérent avec le revenu ? Un développeur senior à 1 600 € net, c’est suspect.
- L’adresse sur les quittances de l’ancien logement correspond au justificatif de domicile actuel ?
Si le candidat refuse DossierFacile : la vérification manuelle
Certains candidats préfèrent envoyer un PDF classique. C’est légal — vous ne pouvez pas l’exiger. Dans ce cas, voici la check-list :
1. La pièce d’identité
- Vérifiez la zone MRZ (les deux lignes de caractères en bas). Les chiffres de contrôle suivent une formule précise (existe en ligne sur “MRZ calculator”). Un faux MRZ saute aux yeux.
- Photocopie en noir et blanc + scan rouge ? C’est un classique : le rouge cache une retouche.
2. Le bulletin de salaire
- Appel à l’employeur. Trouvez le numéro standard public de l’entreprise (PAS celui indiqué sur le bulletin — il peut être faux). Demandez le service RH. “Bonjour, je suis bailleur, je vérifie un dossier de location, est-ce que Madame X travaille bien chez vous ?” L’employeur a le droit de confirmer ou démentir l’embauche, pas le salaire. Une vérification d’emploi prend 3 minutes.
- Net imposable cohérent. Le net imposable (bas du bulletin) doit représenter ~78-82 % du brut. Un net imposable qui sort de cette fourchette est suspect.
- Cotisations chômage présentes. Pour un CDI privé classique, vous devez voir une ligne “Assurance chômage” sur le bulletin (sauf cadres dirigeants, fonctionnaires, indépendants).
- Cumul annuel cohérent. Le bulletin de novembre doit montrer un cumul net imposable d’environ 11/12 du salaire annuel. Un cumul incohérent = piège.
3. Le contrat de travail
- Vérifiez le SIREN de l’entreprise sur societe.com ou pappers.fr (gratuits). Pas d’entreprise → faux.
- Comparez la signature du contrat à celle d’autres pièces (RIB, quittance signée). Cohérence ?
4. Les quittances de loyer
- Format. Une vraie quittance porte : nom du bailleur, adresse louée, mois concerné, loyer + charges détaillés. Une “quittance” rédigée sur Word qui ressemble à une lettre est souvent un faux.
- Plus subtil : appeler l’ancien bailleur si vous avez son numéro. La pratique courante.
5. Le RIB
Un RIB français suit la structure IBAN FR76 XXXX XXXX XXXX XXXX XXXX XXX. La clé de contrôle (les deux chiffres après FR) se calcule sur l’IBAN. Un IBAN qui ne valide pas → fraude. Sites en ligne : “validateur IBAN”.
Les signaux d’alerte qui ne trompent pas
- Pression pour signer rapidement. “Je dois savoir d’ici demain matin.” Un bon dossier ne presse pas. Un mauvais dossier sait qu’il a 24 h avant d’être démasqué.
- Refus de la visite physique. “On va signer à distance, je suis en mission à l’étranger.” Le candidat sérieux veut voir le logement. Le fraudeur veut le bail (et la clé) sans se déplacer.
- Premier mois + caution payés en espèces ou en cryptomonnaie. Catégoriquement à refuser. C’est interdit au-dessus de 1 500 € (espèces), et le paiement crypto sort des standards.
- Le candidat refuse de répondre à un appel téléphonique. Une fraude se gère mieux par écrit. Si tout passe par WhatsApp, méfiance.
Ce que vous ne pouvez pas demander (et qui ne sert à rien)
La loi ELAN (décret du 5 novembre 2015) liste limitativement les pièces qu’un bailleur peut demander. Toute pièce non listée est illégale à exiger :
- ❌ Relevés bancaires
- ❌ Photographie de la carte vitale
- ❌ Extrait de casier judiciaire
- ❌ Chèque de réservation
- ❌ Carte d’étudiant (sauf pour Visale étudiant)
- ❌ Attestation de l’employeur de plus de 3 mois
- ❌ Dossier médical, attestation de bonne santé
Demander ces pièces vous expose à une amende administrative jusqu’à 15 000 € (personne morale) ou 3 000 € (personne physique) (plafond loi ALUR — vérifier les barèmes en vigueur). Et ça ne vous protège pas mieux contre la fraude : ce sont des pièces très faciles à falsifier.
La règle d’or
Faites confiance, mais vérifiez. Un candidat sérieux ne se vexe jamais d’une vérification d’employeur ou d’une question complémentaire. Un fraudeur, oui. Quand le candidat se vexe d’une vérification basique, vous avez votre réponse.
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